Agnès Chauveau, une directrice pas très éthiquement responsable ?

Agnès Chauveau directrice de l’école de journalisme de Science-Po a été accusée de plagiat par le site Arrêt sur Images. Ce copié-collé toucherai des chroniques entendues sur l’émission Soft Power (France Culture) et publiées ensuite dans le Huffington Post. Elle se serait largement inspirée d’articles parus dans le journal le Monde, publiés par RFI et Arrêt sur Images. C’est d’ailleurs ce site qui l’incriminer.

exemple de plagiat:

 comparaison entre un article publié dans le Monde et une chronique d'Agnès Chauveau ( source arrêtsurImages.net)
comparaison entre un article publié dans le Monde et une chronique d’Agnès Chauveau ( source arrêtsurImages.net)

Son établissement place pourtant l’éthique journalistique et la déontologie au centre de ces programmes. L’école fait même signer à ses élèves une charte qui stipule le respect scrupuleux des règles éthiques pour qu’ils exercent leur métier d’une manière professionnelle.Ne montrerait-elle pas l’exemple à ses élèves ?

charte éthique éditée par Science Po
charte éthique éditée par Science Po

En attendant le résultat de l’enquête interne, Bruno Patino directeur général délégué de cette école l’a suspendue provisoirement de ses fonctions. Cette décision montre que sans la juger coupable, il préfère prendre toutes les précautions afin que le sérieux de Science Po ne soit pas entaché par cette affaire. Même si elle le dément fermement Agnès Chauveau n’a pas encore réagit publiquement. Si le plagiat a toujours existé, il est formellement interdit par la charte des devoirs professionnels des journalistes datée de 1918 et réactualisée en 1938. : «Ne commet aucun plagiat, cite les confrères dont il reproduit un texte quelconque».Cette règle aurait été bafouée par Agnès Chauveau. Comme elle le dit, elle a juste «oublier de citer certains papiers, mais ce n’est jamais volontaire et je rectifierai chaque fois que ça pose problème ». Si on s’en tient simplement à la règle mentionnée plus haut, il pourrait bien s’agir d’un plagiat. La justice n’a plus qu’à faire son travail pour établir ou non la responsabilité d’Agnès Chauveau. La direction de France Culture reconnaît qu’il y a bien eu des copier –coller dans certaines chroniques de cette journaliste dans l’émission Soft Power comme le mentionne cette citation : « Certains de nos confrères ont relevé dans quelques-unes de ses chroniques des copier-coller d’extraits d’articles avec un déficit de citations de source.  Nous devons à nos auditeurs de reconnaître qu’il s’agit là d’un réel manque de rigueur, aussi avons-nous décidé d’interrompre cette chronique ». Ce démenti apparaît comme en décalage avec la version d’Agnès Chauveau. Qui dit vrai ?

Remise en cause de l’éthique professionnelle par Agnès Chauveau?

Quoiqu’il en soit cette affaire révèle que certains journalistes s’arrangent avec l’éthique. Par soucis de temps, de rigueur ou d’analyses, il jette le discrédit sur l’ensemble de la profession. C’est dommage pour leurs confrères qui font en sorte de toujours produire un travail soucieux de l’éthique. Quelque soit les contraintes, ils s’assurent d’être en règle avec leur conscience professionnelle.

A une époque où beaucoup de citoyens accordent de moins en moins leur confiance aux journalistes, ce genre d’évènements ne fait qu’aggraver la crise d’identité que vivent ces professionnels de l’information. Bien que l’interactivité et l’instantanéité des médias changent la donne et le rapport que l’on a avec la sphère médiatique, elles ne doivent en rien affecter l’intégrité les journalistes. Les médias représentent un pouvoir démocratique. Ils détiennent le pouvoir de nous informer. Le plagiat et toute autre activité qui entravent leur bonne conduite doivent être combattus et susciter un débat public. Certains diront que nous avons les médias que nous méritons et qu’ils sont à l’image de notre société. Qu’importe, ils ont un rôle citoyen et démocratique à jouer.

Textes sur la déontologie et l’éthique journalistique

Charte des droits professionnels des journalistes par le Syndicat National des journalistes

Un journaliste, digne de ce nom,

- prend la responsabilité de tous ses écrits, même anonymes ;
- tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles ;
- ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière d’honneur professionnel ;
- n’accepte que des missions compatibles avec la dignité professionnelle ;
- s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque ;
- ne touche pas d’argent dans un service public ou une entreprise privée où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d’être exploitées ;
- ne signe pas de son nom des articles de réclame commerciale ou financière ;
- ne commet aucun plagiat, cite les confrères dont il reproduit un texte quelconque ;
- ne sollicite pas la place d’un confrère, ni ne provoque son renvoi en offrant de travailler à des conditions inférieures ;
- garde le secret professionnel ;
- n’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;
- revendique la liberté de publier honnêtement ses informations ;
- tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières ;
- ne confond pas son rôle avec celui du policier.

Paris, Juillet 1918 – révisée en janvier 1938

Cette déclaration édicte les droits et les devoirs que doivent suivre les journalistes professionnels et a été réalisée par le Syndicat National des Journalistes. Le texte du SNJ a été renforcé par la Charte de Munich en 1971 :

Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (Munich, 1971)

Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain.

Ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes.

La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics.

La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la déclaration des devoirs formulés ici.

Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle sont réalisées. Tel est l’objet de la déclaration des droits qui suit.

Déclaration des devoirs

Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements, sont :

1) respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître ;

2) défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique ;

3) publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents ;

4) ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents ;

5) s’obliger à respecter la vie privée des personnes ;

6) rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;

7) garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement ;

8) s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ;

9) ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs ;

10) refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.

Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre.

Déclaration des droits

1) Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception en vertu de motifs clairement exprimés.

2) Le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait contraire à la ligne générale de son entreprise, telle qu’elle est déterminée par écrit dans son contrat d’engagement, de même que toute subordination qui ne serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.

3) Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou sa conscience.

4) L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise.

Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion de journaliste.

5) En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique.

Munich, 1971

Outre le plagiat Atlantico reproche d’autre fait à Agnès Chauveau. : «Agnès Chauveau aurait mis de côté une autre règle : l’interdiction pour un fonctionnaire  ou un agent public d’occuper un emploi de gérant dans une entreprise. Or, d’après les documents en notre possession, elle apparaît, depuis le 7 mai 2014, comme  l’un des sept gérants de la société Huffington Post Holding Maghreb Group, entité de droit luxembourgeois. Cette société en nom collectif, domiciliée 67 boulevard Grande-Duchesse Charlotte à Luxembourg, est l’un des derniers sites lancés par le Huffington Post  dont AOL a pris le contrôle en 2011.Cela dit, si Agnès Chauveau n’a plus le statut d’agent public ou de fonctionnaire, sa gérance  luxembourgeoise ne pose aucun problème… ». Deuxième problème éthique. Si les faits sont avérés, ils prouvent que la conscience professionnelle d’Agnès Chauveau et son intégrité laissent perplexe. Ils posent aussi la question de la multiplication de postes de la plupart des journalistes et leur collusion parfois assumée avec les pouvoirs économiques et politiques. Cette situation floue jette un peu l’opprobre sur cette profession. Elle crée une certaine confusion dans nos esprits. Gérer une holding d’un média dans lequel on publie des chroniques représente un réel mélange des genres.

Le vrai problème vient peut-être de l’enseignement des écoles de journalisme. La majorité des élèves proviennent de milieux sociaux favorisés. Ils croisent bien souvent des futurs patrons de médias, des politiques en formation ou des chefs d’entreprise en devenir. Cette proximité n’empêche pas l’indépendance mais peut parfois amener les journalistes à être influencer par les décideurs ou les rendre moins perspicaces et moins mordants. Pour autant la plupart d’entre eux savent faire la différence entre le domaine professionnel et personnel. Cette proximité ne les empêche pas de jouer leur rôle et leur garantit une bonne connaissance du milieu dont il parle. Ils  s’en nourrissent ainsi pour produire des contenus de qualité. En plus l’ensemble des cursus proposés apparait formaté L’esprit critique des futurs journalistes ne serait-il pas assez sollicité ?

Jessica Staffe

Cette affaire démontre que le respect des règles déontologiques laissent parfois à désirer et passent parfois après les intérêts économiques et financiers. Ce non respect de l’éthique ne doit pas être pris à la légère et les journalistes incriminés doivent aussi savoir se remettre en cause afin de ne pas s’asseoir sur ces principes et de pas dénaturer ce beau métier.

Thinkovery : le pure player qui fait bouger vos neurones

Thinkovery  page web
Thinkovery page web

Au départ, Thinkovery est un site internet consacré aux derniers résultats de la recherche. Il s’intéresse également aux innovations et aux changements de la société. Il propose des articles mais aussi des vidéos. Ces contenus synthétiques dévoilent des discours d’experts qui maîtrisent les sujets sur lesquels ils sont interrogés. Elles rendent leurs paroles plus accessibles. Elles répondent aux règles du web 2.0. Présentant des infographies elles savent retenir notre attention et nous aide à mémoriser les savoirs ainsi partagés. Cette structure favorise l’apprentissage. Grâce à leur concision, le lecteur est capable de se les approprier d’une manière intelligible. Cette démarche a pour but d’attirer un nouveau public vers la science et vers la recherche. Après tout, ces avancements nous concernent tous. Il nous permet d’avoir d’accès à des savoirs auxquels il n’est pas toujours pratique d’accéder. Ce partage repose sur une volonté pédagogique. La mise en page de cette interface paraît agréable et facilite la lecture des sujets. Elle nous donne envie de cliquer. Le seul hic de ce site se trouve dans le fait qu’il faille payer pour visionner ses vidéos. L’abonnement n’est pas onéreux mais prouve que pour pouvoir consulter du savoir de qualité, il faut être prêt à mettre la main au portefeuille.

couverture du 1er numéro du trimestriel  Thinkovery paru en octobre  2014
couverture du 1er numéro du trimestriel Thinkovery paru en octobre 2014

Outre cette interface numérique Thinkovery s’est lancé dans l’aventure papier. Le premier numéro trimestriel est vendu dans les kiosques depuis le mois d’octobre 2014. Cette revue compte 150 pages. Elle est illustrée par des photographes et des graphistes. Tous les talents se rencontrent sur Thinkover . L’économie, la géopolitique, la société, la santé, la science et l’environnement n’échappe pas à la rédaction. Plus qu’une revue, cette formule ressemble à un livre. Le mot d’ordre de ce magazine est le même que le site « la recherche pour se faire une idée »  Ces mots de Loïc le Gac reflète parfaitement l’état d’esprit de ce projet. Les idées ne manquent pas comme le montre cette citation du directeur de la publication :« En voyant l’ensemble des thèmes que nous traitions, nous nous sommes dits que nous avions de quoi faire un magazine que l’on n’a pas encore vu », raconte Loïc Le Gac.

Ce media se veut différent des autres publications scientifiques. Pour répondre aux questionnements de ses lecteurs ils voient ce qu’en dit actuellement la recherche. Cette mise en perspective place le lecteur au centre de la réflexion. Ainsi, ce magazine souhaite transmettre l’idée que les chercheurs ne sont pas déconnectés du monde réel. Cette expérience vise à rapprocher le public d’un milieu qu’il ne connaît pas et qui lui paraît parfois hermétique. Cette formule mélange des articles de trois ou quatre feuillets et des dossiers de dix à quinze pages. Cette pluralité de formats indique à la fois une volonté de vulgariser les s thématiques qu’elle traite en y apportant un certain nombre de connaissances et de savoirs. Ce savant équilibre apporte une certaine harmonie au contenu.

` Cette publication est complémentaire de la version web. Dans ces deux cas les sujets demandent un certain niveau d’expertise. La différence entre le print et le numérique c’est le temps. La Toile impose un rythme, les articles sont de qualité mais sont généralement concis. Au contraire la version imprimée publiée chaque trimestre joue sur une temporalité différente. Elle s’apparente au slow journalism. Elle valorise l’investigation et détaille tout en actualisant les points de la recherche contemporaine.

Jessica Staffe

Rudaw Network : Un consortium kurde né dans la guerre

Rudaw network est un consortium média d’origine kurde. Cette nouvelle source d’information a le vent en poupe. Fondé au Kurdistan iraquien, cette création représenté un pari osé. La guerre montre ainsi que de belles initiatives naissant dans des pays ravagés par des guerres depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, c’est le Daesh groupe d’islamistes radicaux qui met en péril l’équilibre politique et géostratégique de cette région. Les combattants peshmergas sont d’ailleurs soutenus par des forces occidentales. Son siège se trouve à Erbil, capitale du Kurdistan irakien située au cœur du conflit. Ce groupe média se compose d’un journal, d’une télévision d’une radio et d’un site web. Il diffuse des enquêtes, des analyses, des reportages, des brèves et des articles en arabe et en anglais.

Site de Rudaw Networks
Site de Rudaw Networks

Il s’est emparé de la cause Kurde sans pour autant ne faire preuve que de militantisme. Il traite cette question de manière professionnelle. Il s’apparente à une véritable mine d’or pour tous ceux qui souhaitent s’informer sur le Kurdistan Irakien et l’actualité du Moyen- Orient. Outre ses sujets touchant la géopolitique, le site internet s’intéresse également à des thèmes culturels, artistiques, aux nouvelles technologies aux modes de vie et à l’actualité internationale. Il produit aussi des interviews et des vidéos. Ces correspondants se trouvent dans diverses régions du Monde : Moyen- Orient, Etats-Unis, Europe.

Il n’a rien à envier aux médias occidentaux. Ces médias florissants donnent une part d’espoir et permettent aussi d’offrir une ouverture sur le monde à ces citoyens mais aussi à nous tous et à sa diaspora présente partout dans le monde. Son but est de se démarquer d’Al Jazzera.

Depuis la fin des années 1990, de nombreux titres de presse ont éclos au Kurdistan Irakien. Dans cette région autonome de l’Irak 280 journaux ont ainsi vu le jour entre septembre 2009 et avril 2010. Lancé en 2008, ses tirages culminent à 10000 exemplaires par jour. Ces chiffres couplent les deux versions hebdomadaires du journal, l’édition politique ajoutées à cela, les éditions sport et édition diaspora Europe. Son site internet est lui permet d’être visible dans n’importe quel endroit de notre planète. Selon un représentant de l’entreprise, ce consortium media emplois 310 personnes. Cette force prouve qu’il est possible de construire de vrais projets éditoriaux dans les zones de conflit sans pour autant faire de la propagande. Pour couvrir le monde, il a ouvert deux bureaux internationaux un à Toronto et l’autre à Washington DC. A l’heure d’aujourd’hui, ce groupe médiatique est pris au sérieux par ses concurrents occidentaux. Cette vivacité a donné l’opportunité au Moyen- Orient d’avoir une nouvelle source d’information et ainsi prendre parfois le contrepied d’Al Jazzera. Indépendants et autonomes, les journalistes travaillent autant sur l’écrit, qu’à la radio et qu’à la télévision. Ils doivent cette indépendance aux soutiens financiers accordée par deux associations : Press Now et The independant media centre. Cette aide lui garantit une forme de liberté de ton et d’action et contribue à le tenir éloigné des soubresauts du pouvoir. Ce modèle ambitieux s’appuie sur une véritable quête de sens et d’apporter un moyen d’expression à ceux qui n’en avaient pas forcément un. Leur dimension internationale leur offre aussi un porte –voix pour exprimer la cause Kurde qui est peu médiatisée en temps normal. On parle d’abord de l’Irak avant d’analyser la cause Kurde.

 Rudaw Networks  Watch live
Rudaw Networks Watch live

Sur le modèle de la BBC, Rudaw Networks reprend les codes des chaînes d’information en continu. Comme la BBC, il traite des sujets diversifiés : les violences faites aux femmes, des thèmes culturels et religieux, des reportages consacrés à des questions sociales et sociétales. S’il prend le parti de proposer des reportages et des enquêtes d’investigation qui demandent du temps, Rudaw Network joue complètement sur le terrain de l‘information en continu. L’un ne va peut-être pas sans l’autre. Il ne faudrait pas qu’il tombe dans les travers d’Al Jazzera et se retrouve instrumentaliser par des forces qui l’éloigneraient de son dessein professionnel. Les rédactions de Rudaw mélangent à la fois les codes du journalisme de l’immédiateté et ceux du slow journalism.

Ce consortium a donc le mérite d’exister et rappelle que de belles aventures peuvent se construire durablement dans des zones en conflit ou instable au niveau politique.

Inspiré par l’article : http://www.integrales-productions.com/2014/11/12/rudaw-network-loutsider-des-medias-venu-du-kurdistan-irakien/

Jessica Staffe

Intégrales mag : le slow media en action

Fondée en 2012, Intégrales Productions réalise et produit des reportages, des enquêtes portant sur l’actualité internationale. La photographie et le journalisme d’investigation sont les principales préoccupations de cette agence. Présents sur le terrain aux quatre coins du monde, ses journalistes en connait les enjeux et présentent un travail engagé humainement. Ethiquement responsable, ils mettent l’humain au centre de leur démarche professionnelle. L’individu est au cœur des bouleversements qui traversent notre société. Leur caméra illustre le parcours de ces hommes et de ces femmes.

Une rédaction éthique et responsable

Libre et indépendante, la rédaction construit des sujets audio, vidéo et des articles sans pression. Ils proposent leurs produits à de nombreux médias internationaux. Par exemple la RTBF, Radio Canada, Euronews, TV5 Monde, Arte diffusent des supports créés par cette société. Leurs productions touchent un public varié et nombreux. Au premier semestre 2014, leur site est lu par 10 000 visiteurs par jour.  Prise sur place, les images de conflits apparaissent vives. Capturant, le moment présent, elles sont ensuite analysées et décryptées par les journalistes. La photographie a une place centrale dans cette interface. Elle n’est jamais choisi par hasard et a pour but de faire réagir les lecteurs. Elle dialogue avec le spectateur qui la regarde. Autant que le texte, elle provoque un débat d’idées. Ainsi l’un ne vas pas sans l’autre.

Farouk Atig est le PDG d’intégrales productions. Grand reporter, il s’est rendue de nombreuses fois en Syrie, Irak, Egypte, Centrafrique, Angola, Lybie, Somalie). Cette connaissance du terrain lui permet de produire des reportages de qualité dont l’angle respecte les règles déontologiques du métier  de journaliste et grand reporter. Il est aussi le rédacteur en chef d’intégrales mag. Hormis ce positionnement international, leurs contenus critiquent parfois les médias.

L’équipe se compose de cinq journalistes, d’un stagiaire, de contributeurs et des correspondants étrangers.

Integrales mag : un pure player d’investigation

Intégrales mag s’apparente à un pure players. Plateforme internet, elle est connectée au web 3.0 et à ses réalités. Ce magazine prouve qu’il est possible de publier un média sur internet sans être racoleur. Il participe à la formation de notre esprit critique de citoyen ouvert sur le monde. Leur travail de terrain repose sur un réseau d’experts compétents et de sources fiables. Intégrales mag donne une place importante aux slow medias, il y consacre une rubrique. Le slow medias side répond à l’hypermédiatisation et l’hyperconnectivité. Aujourd’hui, l’information se répand comme une trainée de poudre et les rumeurs sont parfois prises pour argent comptant. A cause d’impératifs temporels ou financiers, certains médias choisissent de publier ses rumeurs en en faisant de vraies informations. Des heures plus tard, ils reviennent sur leurs propos. Cette réalité discrédite le travail des journalistes. Les réseaux sociaux accélèrent le temps de l’information. Il existe une certaine psychose qui tend à déstabiliser les médias traditionnels. Aujourd’hui, Twitter fait l’info mais les journalistes se doivent de prendre du recul face à cette instantanéité. Intégrales mag ne cherche absolument pas à faire le buzz. Il n’est pas esclave du temps et s’attache à valoriser les faits pour ce qu’ils sont. L’information a besoin de temps. Ce pure player respecte les règles des slow medias. Il crée une temporalité réfléchie en étudiant en profondeur chaque sujet.

Integrales mag : Incarnation du slow media

Le mythe de la presse libre s’interroge sur la déontologie de la presse et du rôle de la puissance médiatique dans la propagande officielle du pouvoir. Cette enquête démontre que  journalistes sont proches des hommes politiques. Le pouvoir va au pouvoir. Souvent issus du même milieu, ils servent les intérêts du capitalisme au lieu de servir ceux des citoyens. Sans forcément être corrompus, certains journalistes ou directeurs de rédactions se tiennent trop proches des arcanes du pouvoir. Trop soucieux de leurs intérêts personnels, ils ne se soucient plus forcement de la déontologie et des règles éthiques. Ils se disent libres et intègres mais pour certains c’est loin d’être le cas. Ce cynisme partagé se moque pas mal de la liberté de la presse qui est complètement fustigée. N’y-a-t-il jamais eu de la liberté de la presse ? Ce mythe ne peut-il  pas devenir réalité ? Le rôle des médias n’est-il pas d’éveiller les consciences, de former et d’éduquer les citoyens. Pour la presse américaine ces rôles semblent complètement dévoyés. En France la réalité ne doit pas être plus reluisante. Peu de médias osent s’affranchir du pouvoir.  Ceux comme Julian Assange qui décident d’évoluer loin des gouvernements sont marginalisés et passent pour de véritables criminels.

Voltaire, père de Vice et Ulyces ? Clara Schmeick affirme que le journalisme narratif cher au défenseur des Slow médias n’est pas inspiré du narrative journalism américain mais héritier de l’esprit des lumières. Ce souci de l’immersion et de la déontologie serait très voltairien. A l’époque de ce philosophe la presse était florissante en Europe. Le regard de cet intellectuel est très contemporain. Voltaire s’est intéressé à la déontologie et à l’éthique journalistique dans Ses conseils à un journaliste.

Intégrales productions promeut une autre façon de fabriquer et de produire l’actualité. L’information comme la culture n’est pas un bien comme les autres. Elle n’a pas de prix et se doit de répondre à des règles éthiques et déontologiques.

Jessica Staffe

Ulyces: le slow media entre journalisme et édition

A l’heure où les  chaînes d’information  en continu hiérarchisent  l’information et la nivelle parfois  par le bas  il existe des initiatives médiatiques qui prennent le contrepied. L’instantanéité des nouveaux médias et la multiplication des canaux de diffusion ont radicalement changé notre rapport à l’actualité. A l’époque où les démentis et  les correctifs deviennent récurrents, il est bon de se concentrer et de se recentrer sur de l’information de qualité. Prendre le temps d’analyser, de vivre pleinement un évènement et de le rapporter représentent les missions des journalistes.  Aux vues des impératifs économiques et éditoriaux beaucoup de médias emploient de moins en moins des journalistes sur le terrain.  Le journalisme d’investigation devient le propre d’une ‘ minorité de  rédactions . Ces méthodes professionnelles apportent  pourtant des garanties nécessaires pour pouvoir rendre compte d’un évènement et d’informer comme il se doit les citoyens. Le photo-journalisme coûte cher. Ils mobilisent des moyens humains et économiques. Il existe également un facteur risque pour les journalistes qui se rendent dans des pays souvent instables.

Quel modèle pour Ulyces?

Ulyces  est fondé sur un modèle innovant. Cette maison d’édition numérique  fait la  part belle au journalisme narratif. A  la croisée des chemins entre l’édition et le journalisme, elle publie chaque jour des histoires vraies  construites sur une qualité littéraire irréprochable et une exigence journalistique.  L’équipe d’auteur se compose de  journalistes  , d’ auteurs, d’un game designer, d’un réalisateur et d’une réalisatrice ( listes non exhaustive).

Cette diversité de parcours apporte une richesse au contenu de ce média. Elle révèle aussi une pluralité de ponts de vue. Chacun amène son regard tout en mettant à l’épreuve on éthique professionnelle et sa déontologie.   Les entretiens et les reportages sont les formats choisis pour analyser et percevoir les enjeux  du monde qui les entoure.  Cette façon d’appréhender l’information épouse parfaitement l’éthique défendue par le courant des slow médias.

Cette maison d’édition  travaille à la fois avec des auteurs et des médias locaux, nationaux et internationaux.Cette rigueur professionnelle fait de cette entreprise, une maison d’édition originale et novatrice.   Elle propose de nombreuse collections: arts et techniques, sciences et avenir,, échanges et conflits, sports et aventures, médias et innovations et rêves et machines. Ici nous allons nous intéresser à la catégorie médias et innovation.

Pourquoi Ulyces?

Ce site s’attache à mettre en ligne, des textes longs. Son but est donc d’en optimiser la lecture et de donner au lecteur des clés d’analyse pour l’amener à réfléchir sur un thème particulier.  Le  texte est ainsi assimilé et le confort de lecture permet au lecteur de rester concentrer sur l’histoire dont il se délecte. Une horloge estime le temps de lecture de chaque texte. Cet élément apporte un côté ludique au texte. Il est aussi possible de sauvegarder des contenus pour les lire à un autre moment.

 Un jeune homme pressé un exemple de leur travail

Un homme pressé raconte le parcours de Daniel Houghton, actuel PDG de Lonely Planet. Ce portrait est construit comme un récit biographique. Il explique en détail l’itinéraire personnel et professionnel de ce jeune patron. En lisant ces lignes, nous n’avons pas  forcément l’impression d’être face à un portrait journalistique et pourtant cette présentation reprend  certains codes journalistiques comme la citation de sources proches de Daniel Houghton. Il se fonde sur la narration de ses faits professionnels. Globe trotter dans l’âme, il a su vivre sa passion et travailler d’arrache pied. Ce texte retranscrit ce qu’à été la vie de cet homme hors du commun. Il a toujours  saisi les opportunités quand elles sont venues à lui.  Aucun jugement n’est porté sur ces actions. Cette publication se veut authentique et porte le lecteur. Elle nous captive jusqu’à la fin.   Cette description détaillée et minutieuse nous permet de l’imaginer parfaitement. On arrive même à le visualiser. L’auteur  sait nous tenir en haleine comme un bon romancier saurait le faire.

Pour aller plus loin dans mon analyse, je vais vous donner un deuxième exemple significatif.

Peshmerga, au devant de la mort ressemble dans son format à un véritable article de presse. Il se construit de la même façon. Les premiers paragraphes font état de la situation au Kurdistan Irakien. Très précis, il géocalise   chaque position des combattants.  Les journalistes  corroborent leurs dires à l’aide d’une carte.  L’écriture aérée permet de saisir chaque mot. Le contenu est ainsi agréable à découvrir.   Le portrait d’un général rappelle le chaos dans lequel est plongé cette région. L’instabilité y règne et l’intervention américaine n’a semble-t-il pas améliorer les choses. Pour étayer leur dires, ils citent des propos du général. A cet instant, on plonge plutôt dans l’exercice journalistique, alors qu’à d’autres moments cette description correspond plus à un portrait de personnage de roman. Il mélange parfaitement les deux genres.  Cet article s’approprie donc les règles du journalisme narratif.

Le site Ulyces égrène au fil de ses pages  la philosophie des slows médias. Ces publications sont donc complètes et sont très intéressantes à lire. Longues, elles le sont mais leur style  s’avère simple à comprendre. Ulyces a su mettre au goût du jour un journalisme et une approche de l’information innovante. Garante de l’éthique professionnelle, cette maison d’édition numérique se différencie habillement de ces concurrents en proposant une offre originale loin des considérations actuelles de l’hyper connectivité et de  l’instantanéité.

Jessica Staffe